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vendredi 27 mars 2026 à 20h

Ciné-philo avec le film: Sinners avec les professeurs du lycée Françoise

Ciné-Philo avec les professeurs Amara Bouala et Sylvain Kermarrec. Tarif unique 5 €, achetez vos places au cinéma ou sur festik.net

SINNERS

Écrit, produit et réalisé par Ryan COOGLER - USA 2025 2h17mn VOSTF - avec Michael B. Jordan, Delroy Lindo, Hailee Steinfeld, Miles Caton, Jack O'Connell, Jayme Lawson, Wunmi Mosaku, Saul Williams, George « Buddy » Guy... Musique composée par Ludwig Göransson, accompagné par Lawrence « Boo » Mitchell, Brittany Howard, Raphael Saadiq, Bobby Rush, Christone « Kingfish » Ingram, Buddy Guy.

Sinners, c'est un peu le Vampires de John Carpenter qui serait télescopé de plein fouet par la bagnole des Blues Brothers au milieu des champs de coton dans le Sud ségrégationniste des États-Unis d'Amérique des années 1920. Ode généreuse à la musique, vibrant plaisir de cinéma de genre et plaidoyer politique clair, solide contre toutes les formes de racisme et d'exclusion - on vous le dit tout net : aussi bariolé, chargé et foutraque qu'il paraisse par instants, le film de Ryan Coogler lui vient de toute évidence du cœur et des tripes, déborde de tous les cadres. Avec les défauts de ses qualités (et inversement), alliant plaisir et sincérité, rage et bonheur, le réalisateur nous offre un cocktail détonnant, délicieux et diablement enthousiasmant.

Deux frères jumeaux, « Smoke » et « Stack », reviennent vers leur Sud natal après des années de travail pour la pègre de Chicago - et, comprend-on, un détour par l'Europe plongée dans la Grande Guerre. L'Amérique est en pleine prohibition, et nos deux frangins entendent mettre à profit leur savoir-faire mafieux pour ouvrir un lieu de fête et de musique, un « juke joint ». En une journée, ils ramassent un jeune guitariste prodige, rachètent une ancienne scierie et y installent le nécessaire pour une première nuit de joyeuse débauche « black only ». Convoquant les grands mythes du blues (Robert Johnson et son pacte diabolique en tête), la puissance et la sincérité de la musique vont attirer des forces surnaturelles souhaitant se joindre à la fête.

Issu du cinéma indépendant, le réalisateur afro-américain Ryan Coogler s'est fait un nom depuis une dizaine d'années en signant quelques blockbusters au succès planétaire, qu'on peut trouver un peu moins balourds que la moyenne (Creed ou Black Panther). Le wonder-boy du moment, qui sait cet état de grâce éphémère, met à profit son crédit auprès des grands studios hollywoodiens pour réaliser un rêve. Résultat : ce luxueux objet où se côtoient cinéma de genre (gentiment) horrifique, film historique et musical. Sa première force tient au temps qu'il consacre à la contextualisation historique, politique et sociale - et à présenter sa galerie de personnages. Jouant malicieusement avec nos attentes, Coogler utilise des figures attendues, comme celle du Ku Klux Klan qu'il semble traiter par-dessus la jambe comme une pustule de son époque et qu'on aura tout le loisir de voir éclater en temps et en heure. Plus inattendu : s'il reste foncièrement une menace, le vampire n'est pas traité comme mauvais par essence.

Davantage comme un choix, une possibilité de lutte alternative, qui a tout à voir avec l'appropriation culturelle et la colonisation (ça semble nébuleux écrit comme ça, on vous laisse le plaisir de découvrir de quoi il retourne). Généreux (c'est peu de le dire), galvanisant, Sinners s'inscrit aux côtés des films de Jordan Peele (Get Out, Nope) dans une réappropriation des codes du cinéma de genre par les cinéastes afro-américains. Une excellente surprise, que l'on peine à quitter - le réalisateur lui-même n'en finit pas de ne pas pouvoir finir, et sur le mode « y'en a un peu plus, je vous le mets quand même » en remet des pincées jusqu'à l'ultime moment d'après la dernière ligne du générique de fin. Vous voilà prévenus.

« La musique populaire est pleine de légende. L'une des plus intrigantes est l'histoire de Robert Johnson, premier membre du club des 27, dont on dit qu'il vendit son âme au diable contre un jeu de guitare surhumain, créant le blues du delta et, en dernière instance, le rock. Le pacte faustien aurait eu lieu sur un croisement, un crossroad, à Clarksdale, dans le Mississippi, où Johnson s'était établi en 1932. Clarksdale, 1932 : c'est le cadre spatio-temporel de Sinners de Ryan Coogler, brillante variation populaire sur les mythes qui fondent l'identité afro-américaine, à travers l'esclavage et la souffrance mais également à travers la musique qui guérit. Mais le diable rôde et demande son dû… »

Lien : https://toulouse.demosphere.net/rv/34645
Source : https://www.cinemas-utopia.org/toulouse/index…
Source : message reçu le 9 mars 19h