Réagir (0)Covoiturage EnvoyeriCalPartager

vendredi 22 mai 2026 à 14h

Séminaire Camisole de France - Invitée : Emilie Goudal

CAMISOLE DE FRANCE est une initiative d'artistes, de critiques d'art et d'intellectuel·les, visant à œuvrer contre le nationalisme, le racisme, le fascisme et ses causes profondes. Pour contribuer à une telle dynamique, nous proposons un séminaire qui se déroule dans des contextes académiques, artistiques ou militants, où un·e invité·e propose de se confronter à la plaie réactionnaire ou fasciste à partir d'œuvres d'art ou de créations visuelles.

Coordination : Julie Martin (LLA-CREATIS-Ut2j), Emilia Héry (FRAMESPA-Ut2j), Étienne Cliquet et Jérome Dupeyrat (Isdat-Beaux-Arts)

"Embraser les regards, renverser les voix du silence" - Emilie Goudal

Réunissant l'ensemble de ses écrits sur l'art sous le titre Les Voix du silence (Paris, Gallimard : 1951), André Malraux, écrivain et premier ministre des Affaires culturelles de la Ve République dès 1959, souligne et affirme de ce geste d'écriture un certain mutisme des œuvres d'art. Dans ces écrits, la question de la modernité tient évidemment un rôle central, tout particulièrement dans sa confrontation aux arts pensés au sein d'une classification civilisationnelle tout à fait discutable. La place des « fétiches », sous-entendu des arts dits extra-occidentaux, au sein même du Musée Imaginaire y est interrogée : « Il ne s'agirait plus alors de savoir quelle serait la place de ces arts (…) s'ils trouvent la pleine voix de leur prédication, ils n'envahissent pas le musée : ils le brûlent. » (Malraux, 1951 : 541).

Au-delà de l'embrasement des musées présagé par Malraux, cette rencontre propose d'embraser les regards à l'appui d'une sélection d'œuvres contemporaines qui éclairent des points aveugles de l'histoire (post)coloniale de la Ve République, touchant ainsi les limites d'une tautologique « modernité coloniale », qui façonne encore notre présent.

« Embraser les regards, renverser les voix du silence » vise ainsi à aborder les strates et recouvrements des récits enfouis ou invisibilisés , et tente de poser, dans le sillage de la proposition de Gayatri C. Spivak, cette interrogation : et si les images, lieux et œuvres pouvaient parler par-delà les voix d'un silence institué ? De l'exposition coloniale de 1931 aux centres d'identification ou camps de regroupement en Algérie, jusqu'au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, des propositions artistiques critiques portées par Léopold Lambert, Dalila Mahdjoub, Estefanía Peñafiel Loaiza et Beth Weinstein se font traces et lieux de résistance à l'invisibilisation et mise sous silence de ce que la Cinquième République - née en 1958 en contexte de guerre en Algérie - porte encore en elle d'héritages au présent du régime colonial de gouvernance.

Visuel - Crédits : Estefanía Peñafiel Loaiza, et ils vont dans l'espace qu'embrasse ton regard : signaux de fumée, vidéo HD 37 min, 2016.

Émilie Goudal est professeure junior titulaire de la chaire « Imaginaires émancipés » à l'université de Lille (CEAC). Ses travaux se concentrent sur les interpénétrations entre arts, politique et enjeux de mémoire(s) (Allemagne, Algérie, France, Etats-Unis), ainsi que sur les questions de restitution et de « patrimoine partagé » depuis le contexte de la décolonisation. Elle est l'autrice d'une thèse, parue sous le titre Des Damné(e)s de l'Histoire. Les arts visuels face à la guerre d'Algérie (Dijon, Les Presses du réel, 2019) et co-curatrice, avec Natasa Petresin Bachelez, de l'exposition Ces voix qui m'assiègent…(Cité internationale des arts, Paris, 2024 ; Institut français d'Algérie, Alger, 2025)

https://camisoledefrance.net/

Lien : https://toulouse.demosphere.net/rv/34804
Source : message reçu le 29 mars 13h